Les Capétiens
Moyen Age
Naissance
1268
Roi des Francs
1285
Mort
1328
Parents : Philippe III et Isabelle d’Aragon
Epouse : Jeanne de Navarre
Enfants : Louis X, Philippe V, Charles V
Philippe IV – Le Bel
La dynastie capétienne est à son apogée. Une continuité s’est opérée entre les règnes de Louis IX, Philippe III et maintenant Philippe le Bel, cherchant à rendre la France toujours plus forte et plus grande.
Sous Philippe IV le royaume de France compte environ 15 à 20 millions d’âmes, ce qui en fait le pays le plus peuplé d’Europe. Le commerce prospère, les récoltes sont bonnes et l’industrie en expansion, surtout en Flandre. Les routes, les habitations et les conditions de vies s’améliorent. L’économie et l’administration se modernisent, notamment avec l’arrivée des banquiers italiens.
Le dernier capétien direct
Philippe est né à Fontainebleau en 1268. Il n’avait que 2 ans lorsque son illustre grand père, Louis IX, décède. Pourtant, il voua une admiration sans limite au personnage qu’il était, si bien qu’il en obtiendra la canonisation en 1297 auprès du pape Boniface III.
Il deviendra roi en 1285, à l’âge de 17 ans, mais il est suffisamment prêt et mûr pour accomplir son rôle de souverain en compagnie de son épouse dont le mariage a été célébré l’année précédente, lui apportant en dot la Champagne et la Brie.
En réalité, Philippe et Jeanne de Navarre se connaissent depuis 10 ans, ils ont grandi et ensemble à la cour de France et un sentiment sincère s’est développé entre les deux enfants royaux. Leur mariage était convenu depuis 1275 et rien ne les séparera par la suite. De leur union naitront 7 enfants, dont 4 survivront. Ils seront tous rois ou reine :
- Louis X le Hutin né en 1289 sera roi de France et de Navarre
- Philippe V le long né en 1293 sera le futur roi de France et de Navarre
- Charles IV le Bel né en 1294 deviendra roi de France et de Navarre
- Isabelle deviendra reine d’Angleterre en épousant Edouard II
D’une personnalité rigide et sévère, il sera surnommé par ses ennemis, tout comme par ses admirateurs le « roi de marbre » ou « le Roi de Fer ». Peu aimé, il causera beaucoup plus de conflits, qu’il n’en évitera. Mais, rien ni personne ne lui résistera.
Des impôts toujours plus impopulaires
Dès le début de son règne, Philippe le Bel doit faire face à de lourds problèmes financiers. Sa politique est ambitieuse et coute chère. Mais en réalité, ce sont surtout les guerres successives qui creusent le déficit.
Le moyen le plus simple pour rentrer plus d’argent dans les caisses du royaume reste encore l’augmentation des impôts. Mais Philippe va procéder à un exercice encore plus périlleux : frapper davantage de monnaies, ce qui a pour conséquence sa dévaluation et donc une baisse du pouvoir d’achat.
Les laboureurs, les marchands, les bourgeois et les petits nobles, qui vivaient jadis dans une certaine opulence, sont au bord de la ruine. Les loyers parisiens ont triplés en quelques années. Furieux, le peuple de la capitale se soulève et le Roi a du fuir. Une solution a été trouvée, mais Philippe en était quitte pour trouver de l’argent ailleurs. Il se tourna vers les juifs d’abord, vers les templiers ensuite. Mais le clergé aussi sera mis à contribution, ce qui provoquera la colère du pape.
L’impopularité de Philippe IV ne cessera de grandir, si bien Philippe qu’à la fin de son règne le peuple entier est prêt à se révolter.
Le conflit avec la papauté
Philippe ne conçoit pas d’autre autorité que la sienne. Aussi, n’accepte t-il pas celle du Pape qui en tant que chef suprême de l’Eglise, prétend également détenir un pouvoir supérieur à celui du roi de France.
Et c’est pour une question d’argent que le conflit entre la monarchie et la papauté va débuter. Philippe n’acceptait pas que les revenus des Eglises de France aillent grossir le trésor du pape en Italie.
En 1296, toujours à la recherche de nouvelles rentrées d’argent, Philippe impose une taxe au clergé, appelée « la Décime ». Mais le pape Boniface VIII ne compte pas laisser les choses se faire. Il critique ouvertement la gouvernance du royaume de France et menace le roi en personne d’excommunication.
Les premiers Etats Généraux
En 1302, Philippe le Bel réunit pour la première fois des représentants du clergé, de la noblesse et de la bourgeoisie en assemblée pour prendre une décision capitale. Cette réunion inédite et exceptionnelle portera plus tard le nom d’Etats Généraux. Ils ne se sont réunis qu’à deux reprises encore : en 1614 et 1789.
Partant du principe qu’il tient son royaume de Dieu et non du pape, à qui il n’a aucun compte à rendre, Philippe posera la question suivante :
« De qui tenez-vous vos évêchés? », demande-t-il au clergé.
« De qui tenez-vous vos fiefs? », demande-t-il à la noblesse.
…Et tous de répondront : « du roi » évidemment
Pour la première fois l’opinion publique va s’immiscer dans les affaires du royaume, même si à ce moment, il valait mieux ne pas répondre autre chose….
Un pape à Avignon
Pour le roi de France, le pape ne peut pas se substituer à Dieu, c’est pourquoi en 1303, il va accuser Boniface VIII d’usurpation et d’hérésie.
Aussitôt il demande à son conseiller : Guillaume de NOGARET, de se rendre en Italie pour signifier au pape son inculpation. L’arrestation n’a pas pu se faire, mais très éprouvé par toutes cette affaire, il décèdera peu de temps après.
Cet événement marque une rupture avec le XIIIe siècle, siècle chrétien par excellence, durant lequel les gouvernements se soumettaient bon gré mal gré aux exigences du pape. Philippe IV le Bel se pose en précurseur de la séparation de l’Église et de l’État. Plus jamais les Papes ne prétendront régner sur l’Occident.
En 1305, c’est un Français qui monte sur le trône de Saint-Pierre sous le nom de Clément V, à l’instigation de Philippe le Bel. Empêché de s’installer à Rome pour les raisons que l’on peut deviner, il se fixe à Avignon, à la frontière avec la France. Cette résidence provisoire va se prolonger durant 7 pontificats successifs, jusqu’en 1376.
Personnage plus malléable que ces prédécesseurs, Clément V lui sera d’une aide précieuse pour anéantir l’Ordre du Temple.
Le procès des Templiers
L’ordre des Templiers est le plus prestigieux et le plus célèbre ordre de chevalerie du Moyen Âge. Il est né en Terre Sainte, en 1119, après la première Croisade, pour protéger les lieux Saints en Palestine, ainsi que les pèlerins qui s’y rendent. Dès le début du XIIIe siècle, le Temple dispose d’une armée considérable, bien plus importante que celle qu’aurait pu lever un roi.
Ces chevaliers sont voués à la chasteté, la pauvreté et l’obéissance. Ils dépendent entièrement du pape et bénéficient donc d’une indépendance totale face aux rois. Cependant, depuis la fin des croisades, ces moines-soldats, vivent en France de leurs rentes et se sont reconvertis en usuriers. Leur fortune est immense, c’est même eux qui ont avancé l’énorme rançon de 500.000 livres d’or exigés pour libérer le roi Louis IX.
Philippe le Bel, en conflit avec la papauté et en quête perpétuelle de fonds pour faire la guerre, est frustré de voir sur son royaume ces chevaliers exempts d’impôts et dépendants uniquement du pape. C’est ainsi, qu’au petit matin du vendredi 13 octobre 1307, au terme d’une opération de police, sans précédent, conduite dans le secret absolu par Guillaume de Nogaret, 140 Templiers de Paris seront arrêtés. Ils seront emprisonnés et on leur fera avouer, sous la torture, les crimes de : corruption, sodomie et profanation de la croix…autrement dit, ils seront condamnés pour hérésie et immoralité. Le pape Clément n’avait alors pas d’autre choix que de dissoudre l’ordre des Templiers.
La malédiction du Grand Maître
En 1314, après sept ans d’emprisonnement, le Grand Maître Maître Jacques de Molay, sera condamné au bucher et la légende veut qu’à l’instant de succomber sous les flammes, il prononce les mots suivants :
« Pape Clément… roi Philippe… avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment !… Maudits ! Maudits ! Vous serez tous maudits jusqu’à la treizième génération de vos races !… »
Quarante jours plus tard Clément V tomba malade et mourut, tandis que le roi Philippe le Bel mourut le 29 novembre 1314 des suites d’une blessure à la chasse ! La malédiction se poursuivra avec la fin de règne des capétiens baptisée : « les Rois maudits »
L’affaire de la tour de Nesle
Nous sommes au printemps 1314, à la fin du règne de Philippe le Bel. Sa femme, son amour de toujours, est morte depuis 1305. Très pieux, il n’a jamais cherché à se remarier ou même à connaître d’autres femmes. C’est avec une grande déception qu’il apprend ce qui se trame en plein milieu de Paris.
Sa fille, Isabelle, alors reine d’Angleterre, découvre par un parfait hasard que les épouses de ses trois fils : Marguerite, Jeanne et Blanche de Bourgogne, respectivement femmes de Louis, de Philippe et de Charles, se livrent à des jeux charnels à la tour de Nesle en compagnie de jeunes et beaux écuyers.
Ce scandale, au delà du préjudice moral, pouvait tout bonnement mettre en péril la dynastie capétienne en cas de descendance illégitime. Reconnues coupables d’adultère, les brus du roi allaient subir un châtiment exemplaire :
- Marguerite, 24 ans, est tondue puis emprisonnée à Château-Gaillard, dans une cellule située en haut du donjon, elle décédera peu après (probablement une exécution).
- Blanche, 18 ans, subira le même sort, mais en étant mieux traitée, dans un cachot enfoncé dans la terre. Transférée, elle finira sa vie dans un couvent.
- Sa sœur Jeanne, 20 ans, est déclarée moins coupable, est enfermée au château de Dourdan pour avoir gardé ce secret.
Quant aux deux jeunes écuyers, les frères d’Aunay, ils subiront les pires atrocités : torturés, châtrés, écorchés vifs, décapités puis pendus par les pieds au gibet. Et dans le mouvement, quelques valets accusés de complicité seront également sacrifiés.
La dynastie, à la veille de la mort du roi, se retrouve avec 3 héritiers sans épouses et sans descendance masculine.
La guerre contre l’Angleterre
La Guyenne est un duché situé en France, mais dont le vassal du roi : Edouard 1er est également le Roi d’Angleterre. Une rixe entre marins français et anglais sera le prétexte pour Philippe de convoquer Edouard 1er pour s’expliquer. Ayant compris la tentative d’intimidation, le Duc-Roi ne se présente pas le jour de la convocation. Ce manquement au devoir aura pour conséquence la confiscation de la Guyenne le 19 mai 1293. Ne reste plus qu’à aller conquérir le duché…
Les opérations militaires sont d’abord favorables aux Anglais, mais dès 1295, l’armée française, sous le commandement de Charles de Valois, le frère dur roi, réussira à occuper le duché. Edouard 1er demande une trêve et souhaite qu’un arrangement soit trouvé.
En 1303, par le traité de Paris, Philippe le Bel rend à l’Angleterre l’ensemble des territoires de Guyenne. En échange, Edouard 1er accepte d’épouser la sœur de Philippe et promets que son fils Edouard II épousera Isabelle de France, la fille de Philippe.
La guerre contre la Flandre
Les villes flamandes sont réputées pour le commerce du tissu et des draps. Parmi la population se trouvait la bourgeoisie marchande, qui parlait le français et qui était soutenue par le roi Philippe IV. Mais il y avait aussi une population de travailleurs, de culture flamande et bien évidemment soutenu par le comte de Flandre : Gui de Dampierre,
Dès, exaspérer par l’autoritarisme du jeune Philippe le Bel, affiche clairement son soutien au roi d’Angleterre et déclare vouloir se délier de ses liens de vassalité avec le roi de France. Il n’en fallu pas davantage pour que Philippe entre en guerre et s’empare des grandes villes flamandes. En 1300, Gui de Dampierre sera fait emprisonné par les français à Paris.
Jacques de Chatillon est nommé gouverneur du comté de Flandre. Mais, les Brugeois, excédés par l’autorité de cet étranger et outrés par le maintien en détention de Gui de Dampierre, se révoltent et massacrent un grand nombre de soldats français en poste dans la ville, au matin du 18 mai 1302.
Philippe envoie immédiatement une armée pour « punir » les flamands de leurs actes, mais contre toute attente, les fantassins flamands l’emporte sur les cavaliers français. Ce ne sera que partie remise et la Flandre finira malgré tout par être occupée en 1304.
Le traité d’Athis-sur-Orge, en juin 1305, viendra rétablir la paix dans les Flandres. Philippe IV le Bel obtient les villes francophones du sud des Flandres : Douai, Lille et Béthune. Tandis que le nord conservera son indépendance par rapport à la dynastie capétienne.
L’avenir de la dynastie
En 1314, lorsque Philippe IV le Bel meurt, la paix règne dans son royaume. La France a consolidé ses frontières, la monarchie s’écarte des traditions féodales et le roi se détache de l’autorité religieuse. Avec trois fils adultes et vigoureux, la dynastie semble partie pour régner encore longtemps.
Pourtant, la branche des capétiens directs est plus proche de l’extinction qu’on ne pourrait l’imaginer. Ces trois fils, sont peut être en bonne santé, mais rappelons que leurs épouses respectives ont été emprisonnées, les privant ainsi de toutes descendances.
Malédiction ou non, Jacques de Molay l’avait annoncé. Louis X, Philippe V et Charles V décèderont les uns après les autres sans avoir le temps de laisser d’héritiers. Il reste pourtant Isabelle de France, la fille de Philippe IV le Bel.
Cette dernière est mariée au roi d’Angleterre et elle lui donnera un fils : Edouard III, qui est légitimement, à ce moment précis, le seul petit fils vivant de Philippe IV le Bel et donc l’héritier de la couronne de France. Un scénario qui n’est pas envisageable pour Charles le VALOIS qui est le frère de Philippe IV le Bel et qui comme sont nom l’indique, représente la branche collatérale des capétiens.
Ce nouveau conflit dynastique sera la principale cause de la seconde guerre de 100 ans.
